
Je crois que je suis arrivée à un âge où je ne peux plus me mentir longtemps.
Avant, je savais très bien maquiller les choses.
Me convaincre que « ce n’était pas le bon moment”.
Que « j’avais trop de choses à gérer »
Que « je reprendrais plus tard »
Que « ce n’était pas si grave »
Mais plus les années passent, plus je comprends une chose :
certaines douleurs dans nos vies ne viennent pas seulement de ce qui nous arrive.
Elles viennent aussi de tout ce que l’on sait devoir faire… et que l’on reporte malgré nous.
Et ça, c’est une vérité difficile.
Parce qu’elle nous oblige à nous regarder en face.
L’année dernière, le sport était devenu une obsession chez moi.
Pas dans le sens sain du terme.
Pas dans la discipline élégante et équilibrée qu’on voit sur Instagram.
Non.
C’était devenu une manière de vouloir reprendre le contrôle sur tout.
Mon corps.
Ma vie.
Mes émotions.
Mes peurs.
Mon image.
Le temps qui passe aussi, peut-être.
Et puis une mauvaise nouvelle est arrivée.
Une seule.
Et j’ai tout arrêté.
Comme ça.
Du jour au lendemain.
Et ce qui est terrible, c’est qu’au début, on se dit que c’est temporaire.
Puis les jours passent.
Puis les semaines.
Puis les mois.
Et doucement, sans même s’en rendre compte, on commence à devenir spectatrice de sa propre vie.
On regarde la femme qu’on voudrait être…
sans réussir à redevenir elle.
Et le pire ?
C’est qu’on sait exactement ce qu’il faudrait faire.
Remettre les baskets.
Retourner marcher.
Boire plus d’eau.
Dormir.
Écrire.
Créer.
Répondre au mail.
Lancer le projet.
Prendre le rendez-vous.
Commencer.
Mais parfois, le vrai problème n’est pas le manque de capacité.
C’est le poids mental de recommencer.
Parce que recommencer nous confronte immédiatement à tout ce que nous n’avons pas été.
Et ça fait mal.
Hier, William m’a motivée à retourner à la salle.
Je vous jure que ça paraît ridicule dit comme ça.
Une salle de sport.
Des baskets.
Trente minutes.
Mais dans ma tête ?
C’était une montagne.
J’avais peur qu’on me regarde.
Peur qu’on remarque mon absence.
Peur qu’on voie que je n’ai pas évolué comme j’aurais dû évoluer si j’étais restée disciplinée.
Peur de souffrir.
Peur de ne plus être capable.
Peur de me sentir nulle.
Peur de me confronter à moi-même.
Et vous savez ce qui me bouleverse aujourd’hui ?
C’est de réaliser à quel point nous pouvons devenir prisonnières de nos propres pensées.
Parce qu’aucune de ces peurs n’était réelle à ce moment-là.
Les gens vivaient leur vie.
Personne ne m’attendait avec un projecteur.
Personne ne faisait un documentaire sur mon retour au sport.
Mais dans ma tête…
c’était gigantesque.
Comme si je devais mériter le droit de recommencer.
Comme si avoir arrêté faisait de moi un échec définitif.
Alors qu’en réalité, j’étais juste une femme fatiguée qui essayait doucement de revenir vers elle-même.
Et hier, j’ai couru 30 minutes.
Trente petites minutes.
Et pourtant, je crois que ça m’a fait plus de bien mentalement que beaucoup d’autres choses ces derniers mois.
C’était devenu une manière de vouloir reprendre le contrôle sur tout.
Mon corps.
Ma vie.
Mes émotions.
Mes peurs.
Mon image.
Le temps qui passe aussi, peut-être…
Le problème, c’est l’image que l’on finit par avoir de soi.
Quand on commence à accumuler les promesses non tenues envers soi-même…
on perd doucement confiance dans sa propre parole.
On devient la femme qui dit :
Puis non.
« Le mois prochain. »
Puis non.
« Quand ça ira mieux. »
Puis non.
Et le danger est là.
Parce qu’à force de ne plus se faire confiance…
on finit par croire qu’on n’est plus capable.
Alors qu’au fond, souvent, on est juste terrorisées à l’idée de recommencer imparfaitement.
Hier, en courant, je me suis dit :
« Babeth, tu passes ta vie à avoir des rêves immenses… mais parfois tu laisses des pensées minuscules décider à ta place. »
Retourner marcher.
Boire plus d’eau.
Dormir.
Écrire.
Créer.
Répondre au mail.
Lancer le projet.
Prendre le rendez-vous.
Commencer..
Nous sommes pleines de potentiel.
Pleines d’idées.
Pleines de visions.
Pleines de force.
Mais nos pensées limitantes nous gardent au même endroit.
Parce qu’elles sont rassurantes aussi, quelque part.
Si je ne recommence pas…
je ne peux pas échouer.
Si je ne tente pas…
je ne peux pas être déçue.
Si je reste immobile…
je garde au moins le fantasme de ce que j’aurais pu devenir.
Mais la vérité ?
C’est que l’immobilité finit aussi par nous briser.
Doucement.
Silencieusement.
De manière presque invisible.
Ce matin, je suis retournée à la salle, pour arrêter de me trahir moi-même.
Juste ça.
Trente minutes encore aujourd’hui.
Et peut-être trente demain aussi.
Et ensuite, on verra.
Parce que la vraie transformation, je crois, ne commence pas quand on devient exceptionnelle.
Elle commence quand on arrête de croire toutes les pensées qui nous empêchent simplement de commencer.
Et toi…
dans quel endroit de ta vie es-tu encore en train de te convaincre que tu n’es pas capable…
alors qu’au fond de toi, tu sais très bien que tu pourrais déjà être en train d’avancer ?
